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WHITE DOG

(2019)

Pièce pour quatre interprètes, White Dog convoque les motifs chers à Latifa Laâbissi : le camouflage, l’ingestion, la figure toxique, la fuite et la fugue comme formes de lutte poétique. Un pas de côté, une fiction, une science-fiction pour entrer le temps d’une ronde, dans un lore sans folk à quatre corps. Une polyphonie de figures composites, entrelacées, afin de passer les frontières et d’éviter les ornières de nos assignations. Il s’agit de se construire, non pas contre mais avec l’autre, ou tout contre lui, car c’est véritablement de partage et d’hybridation qu’il est question dans cette mêlée de corps « enforestés ». Se saisir de la vitalité minoritaire, pour l’extraire du silence tout autant que de l’affrontement binaire polémique, par l’« entrée en clandestinité d’une communauté d’indociles » et faire émerger des « communautés lianées»1.
Dans White Dog, il n’est plus tant question de nous mettre face à nos propres clichés que de dés-identifier. Cette stratégie de la fuite et du lianage induit une esthétique de la forêt et du tissage dans tout leur potentiel sémantique, comme un « ensemble de lignes et éléments qui recouvrent l’homme d’un treillis végétal du maquis pour convoquer la résistance»2.
La scénographie de Nadia Lauro opère comme une activation possible, une traduction plastique et tactile du lien, de la liane, du réseau interlope qui se joue des codes, comme du devoir ou du narcissisme de la reconnaissance. 

  1. Latifa Laâbissi emprunte la notion de lyannaj à Dénètem Touam Bona, qui nous fait voyager de la langue bretonne aux créolisations du langage aux Antilles. « Lyannaj..., ce geste technique essentiel à l’exploitation, à la dépossession, à la vampirisation des corps esclavagisés est devenu dans les Antilles françaises, par un étrange renversement, l’expression la plus puissante de la solidarité, de la créativité, des liens qui nous libèrent », in Dénètem Touam Bona, « Lignes de fuite du marronnage. Le “lyannaj” ou l’esprit de la forêt », Multitudes, vol. 70, no 1, 2018, p. 177-185.
  2. Ibid.

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