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LA NUIT TOMBE QUAND ELLE VEUT

(2021)

PREMIÈRE les 12 & 13 mars 2021 à Dansfabrik, festival de Brest

Un projet Latifa Laâbissi & Marcelo Evelin

Cette pièce est pensée d’emblée comme une plongée dans la durée. Elle invite le temps d’une veillée à une traversée de la nuit mêlée avec le public. Plus qu’un concept, La Nuit tombe quand elle veut est une aventure où nous sommes deux figures flamboyantes qui ramassent le monde et partagent rites, repas et danses. Entre geste premier et fabrique d’utopie, dans cette assemblée nous devenons toutes et tous des flamings créatures qui veillent.
Le désir de nous retrouver ensemble dans cette prochaine pièce est l’expérience d’un corps medium, en prise avec le réel du monde, rêver et s’enrager avec lui, des corps qui voient, encaissent, stockent, sédimentent, compilent, cannibalisent, archivent, enfouissent…Traversés par un regard aveugle, ils ré-imaginent d’autres cosmogonies, font apparaître des reconfigurations utopiques et insolentes, entre rage et enchantement. Ils se laissent habiter par des esprits visiteurs, des emprunteurs de corps, des corps qui affectent les images et qui dansent, comme des archives fugitives…
Nous imaginons laisser ces images empoisonner la fiction, comme les maudits, les condamnés par l’éternité, comme ceux qui jouent avec le feu de la chimère, ceux qui ramassent les rites pour se faire exister.
Édouard Glissant dit :
« L’image est affectée. On ne la prend pas, pas plus qu’on la comprend. On l’invoque, c’est-à-dire qu’on la fait monter, réapparaître en tremblant avec elle. Elle appelle à une hospitalité radicale car elle se présente et on ne la reconnaît pas1. »

Le texte qui suit, d’Olivier Marboeuf, produit en nous un impact poétique, un point de contact pour mettre nos imaginaires en mouvement. Il nous donne à percevoir les premiers points d’encrage de notre mise au travail pour ce nouvel opus :

« [...] Ceux qui fouillent la réserve du musée des os, ceux qui veillent les images en colère dans leurs muscles, ceux qui font pisser une archive sur le dancefloor. [...] De toutes les mains déposées en eux, de tous les regards déposés en eux, de tous les sols. Ceux qui veillent. Ceux qui ont un corps paysage liquide, ceux qui ont un corps paysage de jungles. [...] Ceux qui font cérémonie bruyante de leur souffle. Ceux qui sont vivants et ceux qui ne cessent de revenir depuis la mort. [...] Ceux qui font la fête, ceux qui tremblent sur la musique, ceux qui tremblent avec des images que personne ne peut saisir, que personne n’a jamais vu. Ceux qui veillent.
Ceux-là reviennent. Ceux-là fabriquent des lieux fantômes rien qu’à se tenir là. Ceux-là portent à même la peau des architectures de pétrole. Ceux-là jettent dans le foyer la musique mélancolique des cités sans repos et errent dans le spectre ultra-violet de la périphérie. Ceux-là dont on ne sait jamais tout à fait le visage. Ceux-là sont des matières dangereuses qui passent toutes les frontières, chambres d’écho pour les paroles trop fortes et les gestes sans règle. Celles-là déversent des mauvais regards en guise de géologie coléreuse et projettent l’Histoire de leurs yeux brûlés. Celles-là exhibent leur chair pleine d’écritures qu’on n’a pas le temps de lire. [...]
»2

  1. Édouard Glissant, Poétique de la Relation, Paris, Éditions Gallimard, 1990.
  2. Extraits de, Olivier Marboeuf, Ceux qui veillent les images nègres, www.olivier-marboeuf.com, 2019.